• 26. Winter is coming

     

    "La vache dans la cour de ferme" par Ivan Vecenaj (1975, huile sur verre, 40 cm sur 40 cm) 

    L'hiver est tombé sur la Podravina. Mais ce n'est pas l'hiver des tempêtes de neige, des vents glaciaux qui sifflent dans la forêt. Non, chez les peintres yougoslaves, la représentation de l'hiver est paisible. Quand le peintre prend son pinceau, la neige est déjà tombée. La fumée s'échappe des cheminées, les fenêtres des chaumières sont éclairées, les maisons des villages sont resserrées comme si elles se réchauffaient les unes les autres. A vrai dire, on aurait envie d'y être, dans ces hameaux de Lackovic par exemple isolés dans l'hiver blanc. Ivan Vecenaj (né en 1920 à Gola, voir le chapitre 8), illuminé notoire (par les épisodes bibliques), nous offre ci-dessus "le tableau typique de la vie rurale". On parle de tranquillité éternelle, même si les couleurs du ciel, tendant fortement sur le vert sombre à droite, interpellent quelque part, comme le manteau rouge de la vache et les arbustes orange ou pourpre. C'est bien signé Vecenaj, qui nous a mis un petit chat dans le grenier, et un seau suspendu qui resservira au printemps.

     

    26. Winter is coming

     

    "Retour du marché", par Ivan Vecenaj en 1962 (huile sur verre, 50 cm x 63 cm)

    Vecenaj est un fermier. Un véritable autodidacte. Il dit que ses premiers tableaux étaient grossiers et frustres (vers 1955). Il ne veut pas être associé au mouvement des peintres de Hlebine. Il dit qu'il n'y a rien de forcé dans ses peintures, qu'elles sont modestes, simples, purement paysannes, purement humaines: "on n'y voit ni la mer, ni des lacs, ni des parcs, mais simplement notre mode de vie à tous". Comme dans ce tableau de retour du marché. Nulle inquiétude chez le paysan ou son boeuf. Ils marchent tranquillement dans la neige, tandis que la nuit tombe doucement. La nature est amicale et les arbres semblent se pencher pour les saluer.

    26. Winter is coming

     

    Ivan Vecenaj: "Nativité" (1970)

    Clin d'oeil biblique, inévitable quand on évoque Ivan Vecenaj. Ici le cadre est assez misérable, avec les arbres morts, et le ciel rouge et vert en toile de fond. Mais la campagne est paisible, non? Quatre colombes voltigent autour de la mère et l'enfant. Bon, la mère paraît presque  une grand-mère et on a peine à voir un nouveau-né chez cet enfant aux yeux fatigués. Le boeuf a des cornes superbes et le Christ a laissé sa couronne d'épines sur la croix. Le feu est presque éteint. Le détail le plus remarquable du tableau est le sommet de la tente de fortune, qui évoque le Kilimandjaro ou le Fuji-Yama.

    26. Winter is coming

     

    Josip Generalic : "Goran à Hlébine" (1973, huile sur verre 56 x 80 cm)

    Josip, c'est le fils d'Ivan. Ses parents rêvaient qu'il soit instituteur, il n'en fut rien. Il a 37 ans quand il peint Goran dans son berceau, tranquille avec sa "suce" et son chat-zèbre (remarquez les initiales "G G" sur la poussette). Josip admet qu'il a eu une enfance insouciante et heureuse, bien loin des années difficiles que traversèrent ses parents. Goran est donc le fils de Josip. Il dit d'ailleurs: "j'ai un jeune enfant et il est bon lui d'être en plein air, à l'extérieur, là où l'atmosphère est plus paisible". Dont acte. Les animaux de la ferme paraissent protéger l'enfant. Il est des leurs, c'est sûr.

     

    26. Winter is coming

     

    Dragan Gazi: "Les chevaux s'amusent" (huile sur verre, 60 x 60 cm) 1975

    Histoire de voisinage: Dragan est le voisin d'Ivan Generalic dans le village de Hlebine. Fermier lui aussi (né en 1930), il a finit par prendre le pinceau. What else? S'il a commencé à peindre dès 16 ans, il est resté fermier. Sur les photos des années 70, il porte des lunettes. Il a peint beaucoup d'aquarelles, mais ici c'est une huile sur verre, avec ces chevaux libres et fiers dans la plaine enneigée. Superbe.

    26. Winter is coming

     

    "Saigner le porc" par Franjo Filipovic (huile sur verre, 50 x 70 cm - 1972)

    Restons dans la Podravina, avec le voisin de Dragan et Ivan (né comme Dragan en 1930 à Hlébine, le monde est tout petit). Il aime peindre l'existence pénible des paysans. Saigner le porc est un classique de l'art naïf yougoslave, maintes fois représenté. Cet acte qui paraît brutal aux yeux des citadins, est le sacrifice de l'animal qui va nourrir la famille tout l'hiver, et précède la fête paysanne. Toutes les pièces classiques de l'art naïf yougoslaves sont à leur place: les arbres morts, les chaumières cossues et leur casquette de neige, l'église et le ciel aux couleurs vives (ici du rose à l'horizon). Il pense que les autres peintres ne font que copier ses oeuvres, et celles de ses voisins Ivan et Dragan. Ok boomer.

    26. Winter is coming

     

    Ivan LACKOVIC : "les mâtines" (huile sur verre 30 x 35 cm) 1968

    Ah, sur le thème de l'hiver, Ivan Lackovic est incontournable. Tant de ses tableaux se sont d'ailleurs simplement appelés "hiver", avec un soleil pâle au-dessus d'un village aux toits blancs et le panache de fumée qui s'échappe des cheminées. Ici, c'est un tout petit tableau. Les femmes s'en vont à la messe, au petit matin. Les deux arbres ordonnent l'équilibre du tableau. Chut! Tout est si calme.

    26. Winter is coming

     

    Joze PETERNELJ: "les bûcherons" (huile sur verre, 50 x 70 cm) 1974

    Partons en Slovénie, soit plus près de la frontière italienne. Joze-Mausar Peternelj 1927 à Jarcja Dolina près de Ziri. Il a travaillé comme cordonnier dans une fabrique de chaussures (et non une scierie). Il sent qu'il peint un monde qui disparaît. Quand il peint, il est conscient qu'il néglige sa famille. "Mes oeuvres rappellent les choses charmantes qui existaient autrefois dans la vie villageoise". Les personnages sont patauds, tels des hobbits, proches de ceux de Mijo Kovacic.

    26. Winter is coming

     

    Mijo KOVACIC: "Hiver" (huile sur verre) 1968

    No comment!

     

     

    26. Winter is coming

     

    Mihal POVOLNI; "l'abattage du porc" (huile sur toile) 1971

    Terminons notre périple hivernal par un détour en Serbie, peu visitée dans ce blog. Ici on peint plus sur toile que sur verre. Le thème est le même que celui choisi par Franjo FILIPOVIC. Mihal est né en 1935 dans le village de Padina près de Belgrade. C'est un fermier d'origine slovaque, qui peint l'hiver lorsqu'il en a plus le temps. Il décrit le tableau: "c'est une sorte de réjouissance pour tout le village. Les voisins viennent aider à abattre l'animal, à le nettoyer, et puis tout le monde prend part au repas. Pendant qu'on nettoie le porc, les gens n'ont qu'une idée en tête: la viande".

    Ah,  nos peintres fermiers ne sont pas tous des poètes...

    Winter is coming...

    "Beaucoup de gens disent: ah, l'hiver est la saison où toutes choses s'apaisent, où toutes choses meurent. Ce n'est pas ainsi; l'hiver est certainement la saison où l'homme s'apaise, où les sentiers sont calmes, où l'on médite sur toutes choses, non pas d'un esprit pessimiste, mais humainement. Même les journées sombres ne sont pas toutes aussi sombres. Aux jours les plus sombres, vous découvrez toujours un rayon de bonheur, d'espérance, de lumière. Voilà pourquoi j'ai peint l'hiver comme je l'ai fait". Ivan Lackovic, peintre mélancolique et un peu poète aussi.

    Cebizar Lemek, décembre 2019


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  • 25. Escapade au musée de Laval

     

    Pero GRGEC: "les centaures" (carte postale achetée au musée)

    Est-ce Petar Grgec, le natif du village de Klostar-Podravski (1933)? Car Petar, peintre sur verre (technicien en construction par ailleurs), a grandi dans l'amour des chevaux. Il dessine les mêmes souches d'arbres que dans le tableau "les cabanes". Alors, Pero est Petar, sauf erreur! Les centaures se chamaillent, et les êtres humains n'ont plus qu'à se raccrocher aux branches...

    Depuis le temps qu'il en parlait! Enfin Cébizar s'est rendu avec Nouba au Musée des Arts naïfs et des arts singuliers, niché dans le vieux château de Laval. L'entrée la plus chouette, c'est par un petit portillon près des quais: on monte jusqu'à la cour intérieure par un beau jardin discret. C'est en 1967 que fut ouvert ce musée des arts naïfs (entrée gratuite, si, si), et il recèle quelques oeuvres de nos chers "yougoslaves", réunis dans une petite pièce ronde, sans fenêtre, par laquelle on accède en passant sous une voûte de pierre. Un peu comme les fonds baptismaux dans une église.

     

    25. Escapade au musée de Laval

     

    Ivan LACKOVIC: "la cueillette"

    Oh! Ivan Lackovic! Tout de suite reconnu, au milieu des bois passent les hirondelles, dont le vol épouse la trajectoire de la branche d'arbre cassée. A côté, un tableau d'Antun Bahunek ("bouquet d'arbres", photo juste récupérée). Antun est un peintre de la première génération, né en 1926 à Varazdinske-Toplice (Croatie). Son style est reconnaissable entre tous, avec ces arbres en forme de cercle. A dire vrai, il ne m'emballe pas autant que d'autres. Et pourtant, il a fait un feu d'artifice de son  style, de ces arbres dans le paysage. Apaisant à coup sûr. Manquent les légendes de la Podravina: les êtres des marais, les paysans avec leur fourche en bois, les vaches pataudes, les hirondelles rapides, les tziganes en haillons, formidables, leurs étranges coutumes, les coqs fiers, les fêtes d'après récolte qui tranchent avec le sérieux de la vie de tous les jours sous le crucifix

    25. Escapade au musée de Laval

     

    Antun BAHUNEK: "Bouquet d'arbres" (photo de Mélotte Mc Dermott)

    Antun dit: "j'emprunte mes sujets à mon enfance. Je me rappelle comment nous conduisions le bétail au pâturage et quand nous traversions les bois. Je remarquais qu'au printemps tout était vert et qu'en automne il y avait du jaune, de l'orange, toutes sortes de couleurs. Le printemps est une saison magnifique lorsque les feuilles nouvelles éclosent et que le soleil brille. Le matin, quand la rosée les humecte et que souffle une légère brise, les feuilles semblent s'agiter comme des formes rondes".

    25. Escapade au musée de Laval

     

    Ivan GENERALIC: "Mort en bière" 1970

    Un pincement au coeur en découvrant ce mort en bière du Boss de la Podravina, avec les mêmes grands pieds que représente Mijo Kovacic. Une peinture de son fils Josip, vous savez, celui que le flower power de 1967 avait touché au coeur (voir l'article sur Josip et ses influences hippies), surprend deux baigneuses au bord de la rivière, où tout est calme et volupté. Remarquez qu'elles ont des serviettes de bain, on n'est plus dans l'après-guerre, fichtre!

    25. Escapade au musée de Laval

     

    Josip GENERALIC: "Les baigneuses" 1967

    A côté de Josip, un petit tableau de Franjo Mraz, le partisan rescapé de la guerre, l'un des fondateurs de l'école dite de Hlebine (photo non disponible, mince), un petit rectangle d'émotion. Il y aussi le coq de Petar Ristic, déjà évoqué dans ce blog, dont on avait envie d'entendre le "Cocorico!". Cette fois c'est fait. Un jour nous partirons enfin vers la Croatie découvrir les grands musées, notamment à Zagreb.

    25. Escapade au musée de Laval

     

    Petar Ristic: "Le coq" (photo de Mélotte Mc Dermott). A rapprocher du "Coq blessé", chapitre 18 de ce blog...

     

    25. Escapade au musée de Laval

    Ivana LOVKOVIC-MATUNU: "Coquelicots"

    Et pour terminer, belle surprise, trois très petits tableaux sur verre d'Ivana Lovkovic (née en 1951, 3ème génération de l'école de Hlebine nous dit le musée), des merveilles de délicatesse, malheureusement un peu difficiles à apprécier lorsqu'on a passé 50 ans et qu'on a oublié ses lunettes. Ivana Lovkovic, les livres dédiés aux naïfs yougoslaves dans les années 1970 ne disent rien d'elle. Quel fâcheux oubli. Ce blog va se renseigner. A bientôt!

    n.b: pour la 1ère fois, lors de la visite du musée du vieux château, le blog a reproduit quelques tableaux vus et dont les photos prises n'étaient pas convaincantes. C'est une exception: tous les textes, toutes les illustrations de ce blog proviennent d'une collection des années 1975-1985. D'ailleurs, ce blog s'était arrêté à cette époque, jusqu'à cette escapade à Laval qui a fait regretter la grande exposition d'art naïf qui se tenait annuellement à Verneuil sur Avre autour des années 2010. Terminons par ce commentaire laissé récemment sur ce blog: "l'art naïf, c'est le charme, la séduction, les couleurs de la vie, scènes de tous les jours, vu simplement avec le regard de l'enfance. C'est fabuleux". Pas mieux!

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    24. Lackovic plébiscité!

     

    "Les Lavandières",  huile sur verre de 1969

    Cébizar est content: à ce jour, près de 3000 visites sur la page de l'Art naïf yougoslave, d'abord à partir de sa petite collection de cartes postales de la fin des années '70, période où l'on trouvait aussi des posters. Et, parmi ces visiteurs, certains se sont attardés sur l'article (le 5) consacré à Ivan Lackovic "Croata", le natif de Batinska (Podravina) qui devint facteur à Zagreb. Facteur comme Ferdinand Cheval. Car Ivan touche les âmes, il nous émeut avec ses "évocations lyriques de l'enfance" (cette expression est de Vladimir Malekovic qui lui a dédié un joli livre en 1973, en français et en croate), par ses paysages hivernaux où les oiseaux tournoient autour des arbres nus devant un soleil pâle, il nous montre un hiver qui rassure l'enfant, et l'adulte aussi qui retrouve là ses yeux d'enfant (là c'est une expression de Cébizar, moins limpide que Vladimir, on en convient). Alors, on s'est dit, si les internautes plébiscitent Ivan Lackovic, alors tirons-lui ce jour un petit feu d'artifice de quelques unes de ses peintures, toutes sur verre sauf erreur. Car Ivan est un orfèvre de la peinture sur verre. 

    On commence ci-dessus par "les lavandières", thème cher à nos naïfs, mais rarement représentées entre chien et loup, en plein hiver de surcroît. Est-on à l'aube, ou en fin de journée (il peut être 16 heures et déjà la nuit tombe). Elles se retrouvent autour de l'étang gelé, elles doivent faire un trou pour y plonger le linge. Brr, on en frissonne! L'une d'elles a terminé et retourne au village dont les toits enneigés brillent un peu, surtout le clocher de l'église telle la Tour Eiffel. Quelques oiseaux noirs tournoient...

     

     24. Lackovic plébiscité!

     

    "Hiver", 1972 (huile sur verre)

    Pour Ivan, "l'hiver n'est pas pessimiste ni rude mais tendre et idyllique. Vision de pureté dans un monde propre avec des couleurs tendres, des nuits étoilées, des maisons confortables où la lampe brille derrière les carreaux". C'est Nebojsa Tomasevic, le krack de l'art naïf yougoslave qui l'écrit dans son livre référence de 1978 que Cébizar a trouvé dans le passage Choiseul à Paris. Les oiseaux semblent danser, le soleil est protecteur. Ivan nous séduit: il est à son meilleur.

    24. Lackovic plébiscité!

     

    "Justitia", 1971

    Avec "Justitia", on ouvre les années '70. Ce tableau fait la couverture du livre de Vladimir Malekovic, admirateur d'Ivan Lackovic, un peu énervé que l'on compare Ivan à un sous-Brueghel. Nous ici on s'en fiche, on n'a pas la prétention de tout interpréter ou comparer, on n'a tout simplement pas les arguments. On n'en dira donc pas plus sur le message spirituel de Justitia.

     

    24. Lackovic plébiscité!

     

    "Les toits blancs de mon pays", 1968

    Tiens, ci-dessus c'est un peu du Brueghel, c'est vrai. Alors on va citer Malekovic qui n'y va pas de main morte: "A plusieurs reprises les critiques ont comparé notre peintre de Batinska après 1966 à Breughel, en confondant l'ironique et robuste ingéniosité du dernier avec la pénétration lyrique du monde des souvenirs mythiques du premier (Ivan, donc), qui plonge sur lui un regard plein d'admiration et de respect. La manière métaphorique, robuste, sentencieuse du flamand (Brueghel donc) peut à peine être mise en regard avec la minutieuse et subtile peinture de la nature par lequel le Croate tente de redécouvrir le sens magique et religieux de l'enfance du monde". Rien que ça. En résumé, Ivan 1 - Brueghel 0. Chauvin tu l'es un peu, Malekovic, et la peinture n'est pas du foot!

     

    24. Lackovic plébiscité!

     "Cheval bicéphale", 1963

    Quittons un instant les villages perdus dans les bois, remontons jusqu'en 1963 à une époque où Ivan Lackovic, facteur depuis 5 ans, franchit un palier et peint ce tableau dans lequel "il exprime la dimension réelle des événements et de l'espace: passages graduels, valeurs, diagonales, modelage par le ton, perspective. Ici, la maîtrise de l'artiste est sa son comble...". Qui dit-ça? Encore Vladimir Malekovic, bien sûr. Nous, on voit surtout qu'il a repris un des thèmes de ces peintres de la campagne qui aiment représenter les mythes et légendes, les histoires que l'on contait le soir devant l'âtre: la licorne (Ivan Generalic), la déesse des marais (Petranovic).

     

    ,24. Lackovic plébiscité!

     

    "Stari postar": "le vieux facteur" (1971)

    Parenthèse à l'encre de chine sans doute, clin d'oeil à son métier...

     

    24. Lackovic plébiscité!

    "L'automne" ("Jesen"), 1972

    Le feu d'artifice touche à sa fin, en hommage à Ivan. Avec l'automne s'en vont les hirondelles (les hirondelles ne supportent pas l'humidité: leurs pattes sont fines et ne supportent pas un trop long contact avec l'eau). Le village est rassurant, les solides maisons résisteront bien aux frimas de l'hiver.

     

    24. Lackovic plébiscité!

     

    "Silence" ("Tisina"), 1972

    "Silence" paraît suivre "Automne". Les hirondelles sont encore plus nombreuses à partir. La nature s'engourdit. Ne me dîtes pas que l'on sent poindre la vieillesse!

    24. Lackovic plébiscité!

     

    Ivan et son épouse ("suprugom" en croate) à Batinska, 1954

    Nous sommes avares en photographies dans ce blog. Chez nous le temps s'est arrêté à la fin des années '70. On ne veut même pas savoir ce qui est arrivé ensuite à Ivan ou à tous les autres peintres paysans. Ni connaître leur destinée triomphale ou plus modeste. L'un d'eux a vendu un de ses tableaux à Kirk Douglas quand même (ou Anthony Quinn?)!

    On arrête de sourire. Soudain, il y a cette photo d'Ivan et de sa femme, qui marchent endimanchés dans la rue de son village natal de la Podravina. Ils ont le sourire de la jeunesse de l'après-guerre et paraissent esquisser un pas de danse. Il y a cette maison au second-plan. On touche là un monde enfui dans le temps, celui qu'il s'est attaché à nous dépeindre, à sa façon.

    Cébizar Lémek

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  • 23. A bâtons rompus!

     

    Branko BAHUNEK: "Pont sanglant", huile sur toile de 1972

    Pour fêter la 2000ème visite sur ce blog, ouvrons un nouveau chapitre, cette fois un peu décousu, où nous passerons allégrement "du coq à l'âne". Mais pour garder quelque cohérence, commençons avec Branko, avec lequel nous avions clos le chapitre précédent. Vous vous souvenez, le (la) marchand(e) de fleurs? On retrouve ici presque la même rue en montée, le lampadaire accroché à la maison de droite. On est dans la ville haute de Zagreb, son vieux quartier. Branko cherche à montrer l'aspect social de la ville, les ouvriers, les artisans. Son regret: que les musiciens de rue aient disparu. Au sujet de ce tableau, Branko dit: "Le pont sanglant? C'est le nom d'une vieille rue de Zagreb qui a quelque importance historique. En réalité, c'est une ruelle, elle porte la patine des choses anciennes. J'ai vraiment vécu en ville. Nous demeurions en banlieue et allions rarement en ville, mais quand nous y allions, c'était comme aller au spectacle. J'aimais cela. Je me plaisais surtout dans la ville haute, la partie la plus ancienne. Et maintenant que je suis adulte, je prends plaisir à contempler cette architecture et à regarder le peuple de la ville haute. Ces gens m'attirent fortement."

    On ne sait pourquoi, ces tableaux de vieilles ruelles font penser aux nouvelles fantastiques du belge Jean Ray...

    23. A bâtons rompus!

     

    Mihajlo MARJANCEVIC: "Bergers", huile sur toile de 1972

    Un petit tour en Vojvodina pour rendre visite au Serbe Mihajlo dans son village de Stari Banovci, non loin de Belgrade. Il y est bibliothécaire. Un de ses tableaux connus s'appelle "Sorcellerie" et rappelle les sorciers de la campagne qui pratiquaient "l'extinction des charbons dans un verre". Comme beaucoup de naïfs nés dans l'entre deux-guerre (lui en 1932), Mihajlo aime raconter un monde disparu, celui des mariages où le cortège nuptial paradait en charrette, celui des fêtes de campagne comme ci-dessus avec l'accordéoniste qui apporte la bonne humeur. Dans ce tableau "Bergers", la représentation du paysage fait penser aux peintures de l'art naïf haïtien, avec les collines rondes au second-plan, sur lesquelles s'accrochent les maisons, et les arbres au sommet dont le feuillage se dessine devant le ciel.

     

    23. A bâtons rompus!

     

    Polde MIHELIC: "A la veille de l'hiver", huile sur bois de 1971

    C'est à Litije, en Slovénie, au milieu des collines, que l'on retrouve Polde Mihelic (né en 1923). Il aime parler des valeurs manuelles, de la religion aussi (thèmes classiques de la campagne)... C'est la première fois que ce blog le mentionne, mais sa représentation d'une scène de village avant l'hiver, avec les enfants planqués un peu partout qui regardent en douce les paysans "tuer le cochon", la neige sur les toits et les teintes de novembre, a tout à fait sa place, non? Il existe une autre scène d'abattage du porc, par le Slovaque Mihal POVOLNI, toute aussi chouette.

    Polde dit: "L'abattage d'un porc, c'est toute une affaire dans le village. Chacun se met à la besogne pour apporter son aide. On est à la veille de la mauvaise saison, les travaux des champs touchent à leur faim et il faut se préparer à un long et doux hiver."

    23. A bâtons rompus!

     

    Marioara MOTOROZESKU: "Nouveaux mariés", huile sur toile de 1964

    Quand je vous avais dit qu'on allait passer du coq à l'âne, soit ici de la cérémonie de l'abattage du cochon à celle d'un mariage! Mais ce tableau est particulier: d'abord, il est l'oeuvre d'une femme peintre (si rares chez nos naïfs yougoslaves, mais il nous arrive d'en débusquer quelques unes heureusement, car elles apportent une touche bien à elles, remarquez par exemple le tapis de fleurs aux pieds des mariés): Marioara est d'origine roumaine, comme son prénom le laissait paraître. Elle est née en 1928 et n'a jamais bougé de son village d'Uzdin, région du Banat (près de Belgrade). Elle s'est mariée à 15 ans, c'était la coutume, dit-elle. Mais si ce tableau est particulier, c'est qu'elle s'est représentée, comme l'aurait fait Frida Kahlo. Bon, quand elle a commencé à peindre en 1962, avec son fichu sur la tête, bien paysanne des pays de l'est, les pieds campés sur le sol, sans doute était-elle déjà moins affriolante qu'au jour béni de son mariage (nous avons vu les photos). Marioara dit:

    "Sur un de mes tableaux, les nouveaux mariés posent en se tenant la main, ils s'aiment viennent de sortir de l'église. Ils ont revêtu nos beaux costumes nationaux. Ils portent ce qu'ils ont de plus beau, ils ont l'air charmant et ils sont heureux. Sur ce tableau, la jeune mariée c'est moi et le marié c'est mon mari!"

    23. A bâtons rompus!

     

    Petar GRGEC: "Cabanes" huile sur verre de 1972

    Ah, nous avons retrouvé le tableau dont nous parlions dans un chapitre précédent. Ce tableau de Pétar, avec ces maisons accrochées aux fameux saules dans les marais de la Podravina. 100% typique naïf yougoslave!

    23. A bâtons rompus!

     

    Martin JONAS: "L'homme à la barique", huile sur toile de 1965

    Puisqu'il s'agit de boucler les boucles, après Pétar GREG, retrouvons le Slovaque Martin JONAS, celui dont la maison se trouve en face de l'église de Kovacica. Vous avez remarqué cet animal incroyable qui entre par la fenêtre, chat, chien ou démon? Il rappelle celui qui sautait la barrière à l'extrême gauche de son tableau intitulé "le paysan"! Eh bien, pour que la boucle soit correctement bouclée, voici (ci-dessous) de nouveau ce tableau magnifique, avec cette fois le curieux animal . Martin JONAS, on voudrait voir ses tableaux accrochés dans notre salon!

    23. A bâtons rompus!

     

    A bientôt,

    Cébizar Lémek

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  • 22. Potiron, fruits et fleurs

     

    Petar GRGEC: "Potiron" - huile sur verre de 1970

    Après trois mois de jachères (suite aux belles moissons du chapitre 21), ce blog reprend la binette et le rateau pour une page bucolique, un des thèmes préférés de nos yougoslaves (mot à présent désuet nous le savons, mais nous nous attachons toujours à nommer un serbe un serbe, sans omettre qu'un habitant de Voïvodine peut être slovaque ou hongrois, et un paysan de la vallée de la Drave presque sûrement croate!). Commençons par un plantureux potiron, peint sur verre par Petar GRGEC, né en 1933 à Klostar en Croatie. Il n'est pas paysan, mais aime à peindre la campagne, surtout à l'aube ou au crépuscule, et de préférence en automne. Souvent un saule apparaît en arrière plan ("vern" en breton), qui est pour Petar l'arbre de l'indestructibilité. Taillez-le, toujours il repousse. Des légendes racontent qu'autrefois la vallée de la Drave était souvent inondée et que les premiers babitants ont construit leur maison sur de larges saules (plusieurs peintures naïves représentent ces images d'habitations au-dessus des marais, tel Kopricanec). Ah, Petar nous dit aussi qu'il a été trois fois champion de Yougoslavie en demi-fond. Une volonté, une persévérance qu'il a appliquées à sa peinture.

    22. Potiron, fruits et fleurs

     

    Josip-Joska HORVAT: "Trois roses" - huile sur verre de 1972

    Avec Josip, on reste en Croatie. Natif de la Podravina juste au début de la guerre (1939), il a ensuite vécu à Zagreb où il est devenu peintre... en bâtiment. C'est sa première incursion dans ce blog. C'est Ivan Lackovic qui l'a incité à prendre à son tour le pinceau. Josip est le peintre des fleurs, pavots, coquelicots, perce-neige, "fleurs hâtives". Son coeur et son âme sont restés dans la Podravina. On retrouve toujours le thème des paysages sublimés de l'enfance perdue. Enfin, Josip, chouette ton tableau, mais des roses... tu es sûr?!

     

     

    22. Potiron, fruits et fleurs

     

    Branko LOVAK: "La pomme fatale" - huile sur verre de 1972

    Une pointe d'humour avec un disciple d'Ivan Generalic: Branko LOVAK (né à Hlébine en 1944, soit carrément dans la marmite de potion magique!) est ensuite parti exercer la profession d'étalagiste à Ljubljana, Slovénie. Du tableau ci-dessus, Branko dit: "On me dit: pas la peine de signer vos tableaux, il suffit que vous y mettiez cette pomme rouge, chacun saura qu'il est votre oeuvre. Pourtant vous y voyez deux sortes de fruits, une pomme et une poire. En dessous de l'arbre, une vache cherche à atteindre la pomme. De là le titre Le fruit défendu (variante de La Pomme fatale). On voit la pomme qui est un poison et la vache qui cherche à en prendre un morceau. Je pense qu'ici, même dans la technique (du verre), j'ai mis beaucoup de moi-même..."

    22. Potiron, fruits et fleurs

     

    Stjepan VECENAJ: "Nature morte", une huile sur verre de 1971

    Stjepan est le frère cadet d'Ivan, auquel ce blog a consacré un plein chapitre. Vous vous souvenez, l'illuminé qui aimait transposer des scènes de la Bible dans la vallée de la Drave! Stjepan, c'est un vrai de la Podravina: né en 1928, c'est un vrai peintre-paysan (ou l'inverse plutôt). C'est son frangin qui l'a poussé à peindre les pinceaux, presque toujours sur verre, technique unique!: "il faut toujours retourner la peinture, mille fois". Un de ses tableaux connus est intitulé: "Le jeu de la bascule près du puits" (chouette nom, non?). Il aime aussi peindre les mariages, le carnaval, et "les soûlards qui sortent ivres des cafés et que leurs femmes poursuivent en les frappant à coups de bâtons!" (une idée de thème pour un prochain chapitre du blog?). Stjepan dit que ce sont surtout des Italiens qui achètent ses tableaux.

    22. Potiron, fruits et fleurs

     

    Josip GENERALIC: "Fleurs" huile sur verre de 1971

    Ben oui, c'est Josip! Le fils de son père. Le surdoué, le hippie, ici en plein "trip" flower-power, à la lisière du psychédélisme. Il a intitulé ce feu d'artifice simplement "fleurs". Ben voyons. Josip a 35 ans lorsqu'il nous régale de cette féérie bucolique. Pas d'autre commentaire.

    22. Potiron, fruits et fleurs

     

    Matija SKURJENI: "Les fleurs" - huile sur toile de 1969

    Oh, la, la, mais qu'est-ce donc? Un rêve fixé sur une toile? Tout à fait, rien que ça. Vous découvrez l'antique Matija SKURJENI, le "peintre de rêves", né en 1898 (!) près de Zlatar, et qui vécut ensuite à Zaprésic (c'est près de Zagreb). Fils de bûcheron, on n'ose même pas vous raconter son enfance, ou vous allez pleurer (son père tué par la chute d'un arbre, laissant sa femme seule avec... 8 enfants, Matija qui part travailler à la gare à ... 12 ans avant d'être blessé sur le front russe lors de la grande guerre de 14-18 soit vers 18 ans! Arrêtons-là). La technique de Matija? Parfois réveillé par des rêves encore frais, il se lève immédiatement et peint ce qui est encore gravé dans sa mémoire. D'où ces tableaux à la touche magique, marquée du sceau du subconscient

    22. Potiron, fruits et fleurs

     

    Ivan LACKOVIC: "Fleurs écarlates" 1964, huile sur verre

    Pour notre plaisir, et le vôtre aussi espérons-le, la contribution d'Ivan Lackovic à ce chapitre fleuri. "Immense bouquet de leurs dans la Podravina. Il représente chaque tige, chaque feuille dans le moindre détail", dit de lui Nébojsa Tomasevic, le spécialiste des naïfs yougoslaves.

    22. Potiron, fruits et fleurs

     

    Branko BAHUNEK: "Le marchand de fleurs" huile sur verre de 1974

    Pour clôre ce chapitre bucolique, glissons vers l'étrange, quittons la campagne avec Branko BAHUNEK, de Zagreb, qui s'inspire de l'environnement urbain. Branko est né en 1935, il aime représenter la banlieue ouvrière, les petites maisons collées les unes contre les autres, les ruelles étroites et arrières-cours misérables.  On pense aux Kinks dans "Dead end street".

    Branko dit: "ce que j'aime montrer, c'est le pauvre homme qui travaille dur pour travailler". Souvent un violoneux. Ici, on nous a dit que c'était une marchande de fleurs qui vendait des fleurs sauvages. On a regardé de près: on a appelé le tableau: LE marchand de fleurs. Qu'en pensez-vous? En tous cas, le tableau fascine.

    Cébizar Lémek (cebizarlemek.eklabog.com)


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