• 20. Le grand trombinoscope

     

    Martin MEHKEK: "Le villageois commun" - huile sur verre de 1976

    Et si nous nous intéressions aux individus? Aux êtres de Kljuc ou de la Podravina, aux paysans, aux vieillards? Vous verrez peu de femmes, comme si les peintres paysans rechignaient à représenter les belles yougoslaves. Mais Martin Mehkek inaugure bien cette galerie de portraits avec son "villageois commun". Né en 1936, c'est un gars de Gola, près de Hlebine. Il peint souvent des bohémiens. Nebojsa Tomasevic, le spécialiste en peintres croates, nous décrit le tableau: "c'est un homme aux cheveux broussailleux et au visage ridé avant l'âge. Il attend que la famille s'endorme pour se glisser furtivement dans la grange et se reposer. Il paraît résigné à son destin". Comment Nebojsa connaît-il l'anecdote de la grange? Il termine en poète: "Des flocons de neige poudreuse emmitouflent les arbres tandis que les corneilles battent de l'aile dans le ciel, emportées par le vent".

     

    20. Le grand trombinoscope

     

    MIRKO VIRIUS: "Un mendiant" - huile sur toile de 1938

    Ah, Mirko Virius, vous savez, l'un des trois mousquetaires fondateurs de "l'école" de Hlebine, tué dans un camp de concentration en 1943 (après avoir déjà été fait prisonnier pendant et après la 1ère guerre mondiale...). Mirko peint à l'huile, ce qui rend ses peintures plus sombres encore. Il peint l'atmosphère de l'avant-guerre, la rudesse de la vie paysanne et l'injustice sociale de ce temps.

    20. Le grand trombinoscope

     

    Mijo KOVACIC: "Le paysan pensif" (détail) - huile sur verre de 1971

    Il vous plaît, n'est-ce pas, ce paysan songeur de Kovacic?! Peut-être est-ce son regard qui nous le rend sympathique. Ou ses fraises des bois dans le bonnet. Bref, Mijo impressionne. Bizarrement, ce tableau est aussi parfois appelé "l'idiot du village". On n'est pas d'accord du tout. Vous aimez le p'tit bout de ficelle au sommet du bonnet?

    20. Le grand trombinoscope

     

    Josip GENERALIC: "Le domestique" - huile sur verre de 1973

    Dans la famille Generalic, je voudrais le fils! Voici Josip, le surdoué, bien qu'il s'en défende. C'est la seconde fois qu'il s'invite dans ce blog, ce domestique, il n'a toujours pas recousu son bouton. Mais on aime sa singularité.

    20. Le grand trombinoscope

     

    Ivan RABUZIN: "La gardienne d'oiseaux"  Huile sur toile de 1962

    "Enfin Rabuzin!" diront les aficionados d'Ivan de Kljuc (né en 1921). Ivan a un style unique, il peint des paysages aux couleurs moins vives que les peintres paysans de Hlebine, mais il tend à représenter un paysage idéal. Ivan dit en 1975: "Je voudrais que mes peintures produisent chez les gens un sentiment de joie et de bonheur dans ce monde plutôt triste d'aujourd'hui". La gardienne d'oiseaux est la seule femme de notre trombinoscope. Pas très glamour en effet. Elle a un côté Bécassine, non?

    20. Le grand trombinoscope

     

    Martin JONAS: "Le paysan" - huile sur toile de 1970

    Attention, chef-d'oeuvre! Bravo, Martin (né en 1924). Sa maison, vous la trouverez facilement: elle est juste en face de l'église à Kovacica, quelque part au nord de Belgrade, non loin de la Slovaquie. C'est un vrai peintre-paysan, qui a rejoint les fameux Partisans pendant la guerre et connu pas mal de misères. En 1970, il a donc 46 ans lorsqu'il nous peint ce paysan qui semble se retourner pour parler à la Lune rousse. Tout est remarquable dans ce tableau étonnamment moderne de ton: le cadrage, les couleurs. Et cette bête à gauche sur la barrière: ce n'est pas un chat quand même (zut! l'image est tronquée et l'on ne distingue que sa queue)!

    20. Le grand trombinoscope

     

    Ivan GENERALIC: "Mon atelier" (détail) huile sur verre de 1959

    Voici le Boss de Hlebine! C'est un autoportrait (il porte sa célèbre casquette): les anciens de Hlebine savent bien que sa cour ne ressemblait pas à ça. Un spécialiste vous dirait que la vache rouge le regarde peindre et que le coq proclame l'achèvement du tableau (on nous l'a soufflé!)

    20. Le grand trombinoscope

     

    Ivan GENERALIC: "Autoportrait" - huile sur verre de 1975

    Vous êtes surpris? Vous vous demandez si c'est encore ici de l'art naïf? Nous aussi. En même temps, vous comprenez un peu pourquoi Ivan est "le boss". On est en 1975, c'est comme s'il avait tourné le dos à son parcours antérieur. Plus de campagne en arrière-plan, pas même de cheveux. Ivan a la tête penchée, comme s'il méditait sur la fin de la vie.

    20. Le grand trombinoscope

     

    Dragan GAZI: "Vieillard" - petite huile sur verre de 1956

    Né en 1930, Dragan GAZI apparaît pour la 1ère fois dans ce blog (mais on le reverra). Il est l'un des représentants les plus importants du cercle de Hlebine de l'après-guerre. Ici, "le visage du vieillard est compris comme une masse qui domine toute la surface peinte", dit le grand ouvrage. Ce tableau vient clôre ce premier trombinoscope. Un autre pourrait suivre avec Mihailo Bires, Dragan Bobovec, Franjo Klopotan et Savo Sekulic par exemple...

    Cébizar Lémek (cebizarlemek.eklablog.com)

     


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  • 19. Funérailles à la slave

     

    Ivan LACKOVIC CROATA: "Funérailles du pauvre" 1966

    Un peu de gaîté, intéressons-nous au thème de la mort, des enterrements, chez nos naïfs yougoslaves! Et retrouvons Ivan Lackovic, l'un de nos cracks préférés, pour les funérailles d'un pauvre en hiver, saison de la solitude. Au commentaire, Vladimir Malekovic, spécialiste de l'art "autochtone" (une autre façon de dire "naïf", un terme que tant s'emploient à éviter): "Funérailles du pauvre est la première et la plus importante toile de Lackovic du cycle des nostalgies mythiques. A l'origine de cette oeuvre ne réside pas l'émotion de l'artiste, mais un point de vue ingénu. A travers un paysage désert et enneigé dix personnages accompagnent le triste convoi funèbre d'un sans-toit jusqu'à son dernier lieu de repos. Deux chiens égarés et un essaim de corneilles tournent autour de ce convoi qui traîne lentement parmi des croix abandonnées. Au milieu de la scène, une tombe ouverte: sur la terre qui entoure la fosse fraîchement creusée et encore chaude, des bouquets de coquelicots rouges se sont épanouis! La nature a réglé ses comptes: par une grande mandorle fleurie, elle a dirait-on érigé à un sans-nom la plus belle porte triomphale à l'entrée du néant". Fortiche comme interprétation, non? Qu'en penses-tu, Ivan?

     

    19. Funérailles à la slave!

    Ivan Lackovic: "Funérailles de Konaci" 1966 - sérigraphie/papier

    19. Funérailles à la slave

     

    Sofija DOKLEAN: "L'enterrement", huile sur toile de 1972

    Sofija est d'origine roumaine. Née en 1931 dans le village d'Uzdin, non loin de Belgrade, en Serbie donc, elle n'a semble-t-il jamais quitté son coin de campagne, cousant, confectionnant des coussins "comme des bateaux", travaillant dans les champs.Mariée à 16 ans, elle dit que c'est elle qui a choisi son mari (hum!). Son mari est heureux de la voir peindre les coutumes, le peuple au travail dans les champs. A propos de l'enterrement, Sofija dit: "C'était quelque chose de triste. Un garçon de notre village était mort et je suis allée à son enterrement. D'habitude, tout le monde s'y rend lorsque c'est quelqu'un du village qu'on enterre. Toutes les femmes pleurent. C'était infiniment triste".

    Les femmes sont en noir, les hommes en blanc, le cimetière au second-plan est superbe.

    19. Funérailles à la slave

     

    Jozé SVETINA: "Funérailles" - huile sur verre, 1968

    En Slovénie, Jozé Svétina est instituteur (né en 1934 à Smartno) et vit à Zavodnje, petite localité de montagne. Vous avez remarqué?: il peint des ciels rouges. Jozé s'explique: "le soir, parfois le ciel est d'un rouge si beau qu'il y a une lueur rouge même à l'intérieur des maisons. Mais le rouge de mes tableaux est le reflet de la mort de ma fille de six ans. Ici sur la montagne, au milieu de ce paysage magnifique, mais aussi dans cette solitude, je ne parviens pas à me défaire de la tragédie de ma fille. La peinture représente ses funérailles. Ce souvenir m'obsède". 

    19. Funérailles à la slave

     

    Dragan GAZI: "Un malade dans la famille" Huile sur verre, 1975

    Ah, ici on triche un peu! La mort n'est pas encore entrée par la fenêtre emporter l'âme du malade, et on espère même qu'il guérira, avec des infirmières pareilles! Dragan est fermier (né en 1930), c'est le voisin d'Ivan Generalic, le boss de Hlebine. Il aime la peinture réaliste, représenter les animaux et les travaux des champs. Ici, il se démarque de ces thèmes classiques, avec ce malade verdâtre. Peut-être pense-t-il à son frère Branko, sculpteur connu, cloué au lit durant 20 ans,  qu'il a soigné sans repos. Ne laissez pas la bougie s'éteindre!

    19. Funérailles à la slave

     

    Finissons cette tournée des cimetières avec ce dessin au crayon, plume et encre de Chine d'Ivan VECENAJ ("Enterrement" -1962), vous savez, le toqué des thèmes bibliques! A bientôt,

    Cébizar Lémek

    (cebizarlemek.eklablog.com)


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  • 18. Excentricités yougoslaves

     

    IVAN GENERALIC: "Mona Lisa de Hlebine" Huile sur verre - 1972

    Jusqu'à présent ce blog à quat' sous vous a surtout exposé des tableaux représentant les thèmes classiques des naïfs yougoslaves: la vie à la campagne, les animaux, les saisons, les semailles et les moissons. Oui, mais ces gens-là ont aussi dans un coin de leur tête une extravagance qu'il ont parfois du mal à cacher. Dans le Nord on dirait qu'ils ont "des chauves-souris dans le beffroi", dans le Léon on les trouverait "complètement chavirés". Une toile emblématique de cette excentricité, c'est "Imbro de Hlebine" (1975) de Josip Generalic, représentant un cosmonaute et sa vache sur une Lune de la Podravina (je vous invite à la retrouver sur le net, ce blog n'en n'a pas eu copie). A défaut, commençons par "Mona Lisa de Hlebine" du boss Ivan. Drôle de poule aux serres impressionnantes, un peu apeurée dans un paysage martien.

    18. Excentricités yougoslaves

     

    DUSAN JEFTOVIC: "Mon rêve" - huile sur toile de 1970

    Changeons de province, et partons en Serbie retrouver à Belgrade le moustachu Dusan Jeftovic (né en 1925), fan de Brueghel, qui aime représenter une foule de personnages sur ses toiles. On est ici servi avec "mon rêve". C'est un ancien officier de police qui a peint ce tableau foisonnant. De sa femme, Dusan dit: "Fréquemment, elle me critique si elle pense que j'ai été trop loin dans une scène, si c'est trop théâtral ou déplaisant. Parfois aussi, elle critique mes couleurs... Mais quand elle m'adresse ces critiques, je n'y fais pas attention. Il arrive même que je me fâche et que j'élève la voix. Mais, après un certain temps, je m'assieds, je réfléchis, je regarde et je me rends compte que ma femme avait raison..."

    18. Excentricités yougoslaves

     

    BORIS LAVRIC: "Sur les ailes de la nuit" - huile sur verre de 1971

    Faisons un saut en Slovénie, à Kranj, retrouver un mécanicien-téléphoniste un peu exalté, peintre de l'âme humaine tiraillée "entre la terre et l'espace, l'éternité et le néant". Boris (né en 1933) dit: "Dans mes peintures, en ce moment, ce sont uniquement les femmes qui voyagent. Elles sont portées par des coqs puissants ou des chevaux vigoureux. Cela représente quelque chose qui conquiert les planètes, c'est purement symbolique. Le coq ou le cheval pourrait être disons une fusée ou un navire ou quelque chose de ce genre. Où vont les femmes? C'est difficile à dire. Et il est encore plus malaisé de savoir où elles s'arrêteront".

    Tu as raison, Boris, cette question, tous les hommes se la posent!

    18. Excentricités yougoslaves

     

    MILAN NAP: "Ensemble pour toujours" huile sur toile (1972)

    Milan a 59 ans lorsqu'il peint ce curieux tableau. Né en Croatie, il est parti vivre au Kosovo à l'âge de la retraite. Ce n'est qu'à partir de là qu'il s'est sérieusement mis à peindre, formant un groupement des peintres anciens mineurs à Ombilic. De sa toile, Milan dit: "J'ai voulu montrer, d'après des monuments à la fois turcs et serbes, certains éléments de l'histoire de notre région. Les évènements auxquels je fais allusion se sont déroulés il y a longtemps, mais les pivoines rouges sont encore là. Les gens disent qu'elles sont du sang des héros qui sont tombés ici au Kosovo, dans cette plaine qui ressemble à un tapis tissé de pivoines qui s'inclinent sous les souffles du vent, et l'on dirait que le ciel en est tout rempli."

    Merci de ces précisions, Milan, mais tu ne nous a pas expliqué ce que fait le merle sur ce buffle (même si la couleur plombée du ciel rappelle les mines de plomb et d'argent de Kosovo)...

    18. Excentricités yougoslaves

     

    ANTUN BAHUNEK: "Chevaux folâtres" huile sur toile de 1975

    C'est dans une arrière-cour des faubourgs de Zagreb qu'on a retrouvé Antun Bahunek. Antun est né en 1912. Il a travaillé dans les chemins de fer, peignant des signaux sur les locomotives et les wagons.Antun dit: "J'ai changé la fumée des locomotives contre l'air frais de ma région".

    Et c'est vrai qu'il aime peindre des paysages vallonnés, avec "the Antun touch": sa technique? inscrire des petits cercles sur la surface unie du tableau, découpant l'étendue et y imbriquant des molécules de couleur. Dans ces "chevaux folâtres" (quel joli mot!), assez surréaliste, deux chevaux jouent dans un décor étrange d'arbres et de bosquets. La jeune cavalière nue symbolise "le rêve, l'évasion, la personnification de la jeunesse et de la beauté pastorale". C'est ce qu'a écrit Nebjsa Tomasevic, et c'est un sacré spécialiste!

    18. Excentricités yougoslaves

     

    PETAR RISIC: "Le coq blessé" (huile sur verre - 1975)

    Pour terminer ce tour d'horizon des excentricités naïves, choisissons ce coq blessé (bien mal en point!) de Petar RISIC. Petar est né en 1927 en Serbie. Retraité de l'armée (encore un militaire qui peint), ancien Partisan, il va représenter les scènes de sa province natale, se souvenant des histoires du grand-papa Zdravko. Le coq blessé "gît dans la cour d'une vieille maison. Il symbolise l'homme vaincu par l'existence, étendu sans aide, privé de la force virile de la vie. Ses plumes, comme les feuilles, se confondront avec le sol et disparaîtront de la surface terrestre" (c'est ce qu'explique Nebojsa Tomasevic, lui même ancien Partisan, fin connaisseur de nos chers naïfs)

    Cébizar Lémek (cebizarlemek.eklablog.com)


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  • 17. Josip Pintaric, peintre-musicien!

     

    Josip PINTARIC: "Chevaux dans la neige" Huile sur toile de 1972

    Vous vous souvenez de Tomislav Petranovic, celui qui avait peint la déesse des marais? Eh bien, Josip Pintaric, son aîné de 7 ans (né en 1927 à Mala), est son voisin à Nova Gradiska (130 km au Sud-Est de Zagreb). Menuisier et sculpteur, il se définit comme un peintre sur toile amateur, joueur de violon à ses heures (comme son père). Fûté, il a commencé à peindre pour les jeunes fiancées: il prétend qu'une coutume locale voulait que les futures épouses offrent une peinture de saint ou de personnage à leur fiancé. Il raconte qu'il n'a vu qu'une fois Ivan Generalic et son fils, et que c'est Virius (tué pendant la guerre) qu'il préfère: "Sa peinture est pure et vient du coeur. Il n'y a rien de sournois dans son oeuvre". Au début des années '70, Josip se met à peindre à plein temps, et parvient au sommet de son art (auparavant, il avait passé 8 ans sans vendre un seul tableau).

    17. Josip Pintaric, peintre-musicien!

     

    Josip PINTARIC: "Au printemps" - Huile sur toile de 1972 (500x650mm)

    Il admet que les gens de son village ne s'intéressent pas à ce qu'il fait: "Parfois, ils ne me disent même pas bonjour quand je les rencontre et certains déclarent que je ne suis pas tout à fait normal, vu ce à quoi je m'occupe. Mais maintenant qu'il rentre un peu d'argent, ils sont un peu jaloux".

    17. Josip Pintaric, peintre-musicien!

     

    Josip PINTARIC: "Le vieil homme et le maïs" (1971) Huile sur toile

    Souvent, il parle de son père, pauvre charpentier qui aimait chanter, de ses 9 frères et soeurs. "Si je ne jouais pas de musique, je serais incapable de peindre", dit Josip "Puco".

    17. Josip Pintaric, peintre-musicien!

     

    Josip PINTARIC: "Forêt", huile sur toile de 1975 (800x1000mm)

    Ci-dessus, on ne voit pas le ciel au-dessus des arbres, mais les rayons du soleil paraissent traverser les branches. La terre semble illuminée. Josip "Puco", comme Tomislav Petranovic, est marqué par les légendes des marais de la Save: "D'étranges oiseaux et des animaux insolites peuplent les marais. Pendant l'été, les paysans et leur bétail se baignent avec eux. Petit, on me racontait des histoires terrifiantes sur les gens qui avaient disparu dans les marais en hiver. Quand on écoutait attentivement les hurlements du vent, on entendait leur voix qui appelait à l'aide. Il y a aussi la légende de cette jeune fille enlevée par son fiancé, qui se serait réfugiée avec lui dans les marais et y vivrait encore parmi les marcassins sauvages..." . Brrrr!

    Cébizar Lémek (cebizarlemek.eklablog.com)


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  • 16. Love, love, love...

     

    Petar TOPLJAK: "Amoureux" 1972 Huile sur toile (galerie de Svetozarevo)

    On s'est dit: et sur le thème de l'amour, qu'est-ce que proposent nos fameux naïfs, qui s'épanchent sur les semailles et les moissons, pleurent sur les sécheresses et les inondations? Il y a bien quelques uns qui nous peignent les débordements lors des fêtes paysannes. Mais qu'en est-il de l'amour courtois du Moyen-Age, de l'amour bucolique, romantique, éclatant ou poétique?

    He bien, vous ne trouverez pratiquement rien: l'amour se trouve dans le mariage, c'est très paysan (dans tous les pays, oui, oui), mais Petar TOPLJAK , né en 1948 à Djurdjevac, Podravina (where else?) a peint un tableau emblématique.

    Il va nous raconter qu'il n'a passé que 5 ans à l'école (histoire connue dans ce blog). En plus, en 1964, il va trouver Ivan Generalic pour apprendre la peinture sur verre et toile. C'est un fermier-vigneron. Il ne nous apprendra pas grand'chose, sinon une coutume croate : "  Avant le mariage, nous allions tous chez la future mariée pour demander sa main. Le fiancé, lui, portait sous le bras un petit cochon de lait, et sa mère se chargeait d'un panier contenant du lait suri et de la crême douce, et son père arrivait avec un tonneau et..."

    Ivan Generalic a maints talents mais ne représente pas à notre connaissance les émois adolescents.  Mais Petar, sur ce sujet, est capable de toucher les étoiles, comme avec cette peinture des amoureux dans l'hiver serein. Il emprunte un thème peu usité, alors que les mariages sont communément représentés, mais moins touchants.

    16. Love, love, love...

     

    Matija SKURJENI : "Amours de gitans" - huile sur toile de 1966

    Attention! Ici on n'est pas du tout dans la Podravina. D'ailleurs, Matija SKURJENI ( né en 1898 à Veternica, près de Zlatar, et qui vécut ensuite près de Zagreb) est clair: "Je vois ces gens de la vallée de la Drave. Je vois leur école et je ne voudrais pas peindre comme ils font, comme l'école de Hlébine. Je préfère agir à ma guise."

    Matija est né au XIXème siècle (!), déjà on est scotché. Ensuite il a une enfance très dure (on n'entre pas dans les détails, après la mort de son père bûcheron). Il paraît avoir une approche plus intellectuelle de la peinture que nos peintres-paysans (lui a travaillé aux chemins de fer). Et, en, 1966, il  peint ces "Amours de gitans". Et nous, on fond.

    Cébizar Lémek (cebizarlek.eklablog.com)


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