• 28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    1/2 - Marioara Motorozesku "Nouveaux mariés", huile sur toile 1964

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    2/2 - Fritzner Alphonse, huile sur toile 49 x 39 cm

    L'autre jour, sur la froide terrasse d'un salon de thé  fermé de la gare Montparnasse, livrée aux pigeons et aux voyageurs en quête de confinement (Covid19), Cébizar et Nouba ont échangé quelques mots avec un couple d'alertes retraités rentrant d'Haïti, belle île meurtrie des Antilles. Bientôt la dame  en vint à évoquer la richesse culturelle méconnue des haïtiens, littéraire, mais aussi artistique. Le monsieur, qui portait une casquette, nous dit: "les peintres naïfs haïtiens sont souvent des paysans". Vint immédiatement à Nouba l'idée de tenter de faire un parallèle entre 9 peintures issues du joli livre "Mariages dans la peinture haïtienne" (2005) et 9 tableaux de nos chers naïfs yougoslaves.

    Alors, on commence? Ci dessus (1/2), Mariora Motorojescu (appellation roumaine de son nom), née en 1928, le fichu sur la tête telle une campagnarde russe, vit à Uzdin près de Belgrade. C'est une paysanne, elle a représenté son mariage en costume national. "A mon époque les filles se mariaient vers 16 ans. Le mari,c'était le choix des parents". En dessous (2/2), Fritzner Alphonse: les mariés ont aussi revêtu les costumes classiques du mariage. Ente les deux tableaux, similitude des expressions: visages sérieux, même bouche pincée. L'instant est solennel! Fritzner est né en 1936 à Port-au-Prince et fut longtemps tanneur de cuir. Son thème de prédilection, ce sont les femmes créoles. Il aurait peint une grande fresque à Miami, l'avez-vous vue?

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

     3/4 - Taran Steluca : "Après-midi dominical", huile sur toile 1972

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    4/4 - Valmidor, acrylique sur toile (60 x 50 cm)

    Jour de mariage toujours chez Taran Steluca (3/4), d'origine roumaine elle aussi comme Mariora, un peu plus jeune (née en 1940), même fichu sur la tête mais un air moins revêche. Toutes les deux sont membres du "groupe d'Uzdin", comme il y eut celui de Hlebine. Même envie chez Taran de peindre les coutumes qui disparaissent, comme ces mariages en costume. "Ce sont nos tableaux qui les maintiennent en vie", dit-elle. Avez-vous remarqué la pompe à eau?

    En-dessous, une toile de Valdimor (pas celui d'Harry Potter!, me souffle-t-on), un artiste, une artiste? Les naïfs en Haïti sont surtout des hommes. Les invités du mariage sont positionnés comme pour une photo, la mariée sourit un peu, plutôt métisse et le marié a l'air plus jeune. Sur les deux tableaux, les personnages sont représentés de face ou de profil, jamais de trois-quarts. La représentation naïve des fenêtres ou vitraux est assez similaire. On s'habille bien dans les Caraïbes, non? Bien sapés, vraiment.

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    5/6 - Dragan Gazi "Devant l'église", huile sur verre 1969

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    6/6 - Jean-René Jules. Acrylique sur toile (50 x 61 cm)

    Ah, on retrouve Dragan Gazi (5/6) devant l'église (ce n'est pas une histoire de Toto). Il aime poser son chevalet dehors. Dragan est un classique qui a coché toutes les cases: né et a vécu à Hlebine, paysan et peintre sur verre, aquarelliste aussi. C'est l'automne (on voit des chanterelles). Le prêtre dit la messe sur la place du village, à gauche s'esquisse un bal avec violon et contrebasse. En cachette, deux amoureux s'embrassent derrière la vigne sous le regard du gamin perché dans l'arbre. Le bedeau sonne les cloches, et l'on entrevoit deux têtes couronnées dans l'église. La composition du tableau est magistrale.

    En-dessous, Jean-René Jules représente aussi la place du village, devant l'église (6/6). Un photographe immortalise l'instant du mariage. Plus à gauche des jeunes entament une danse. Plus à l'écart, deux jeunes se parlent. Sont-ils amoureux? Le prêtre attend sur le  parvis de l'église: est-ce un enterrement qui va succéder au mariage? C'est troublant. Quatre enfants semblent porter un  petit cercueil et une petite foule descend des collines, toujours joliment représentées chez les naïfs haïtiens, à l'instar de Jean Baptiste Chéry. Jean-René Jules, malheureusement, je ne sais rien de toi. Mais ton cousin imaginé en Croatie se prénomme Dragan.

      28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    7/8 - Josip Generalic "Femmes de pêcheurs", huile sur toile 1971

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    8/8 - Gérard Valcin, huile sur toile de 1987 (61 x 50 cm)

    Allons faire un tour sur la rivière (7/8). C'est certainement la Drave chez Josip Generalic, une des stars de ce blog, un des rares à oser pareille scène (son père ne l'aurait pas fait, mais Josip a humé l'air du flower power). La pêcheuse au centre a l'air de défier celui qui la regarde avec un mélange de crainte et défiance. Sont-ce de grosses carpes? Pas des silures quand même... Remarquez (ou pas) la marque blanche de leur culotte sur leur peau.

    Chez Gérard Valcin (8/8), trois sirènes se sont assises sur un rocher, accompagnées d'un officier lui aussi sirène (ben si). Cinq gros poissons tournoient autour d'eux, en une composition symétrique. Gérard est né en 1923 ou 1925 dans un milieu misérable (pléonasme en Haïti?), pour une longue vie.C'est en 1947 que sa carrière démarre lorsqu'il apporte un de ses tableaux au centre d'art de Port-au-Prince, dirigé par Dwight Peters qui va aider à faire connaître l'art naïf haïtien au monde entier. Ce sera fait dans les années 60. Il en fut de même chez les naïfs yougoslaves. Gérard est un spécialiste des représentations du culte vaudou et des scènes traditionnelles.

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    9/10 - Stepa Sirkovic: "Mariage", huile sur toile 1970

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    10/10 - Wilbert Laurent, acrylique sur toile de 1999 (51 x 41 cm)

    Mariage festif en calèche avec Stepa Sirkovic (born 1932), un Serbe de Drlupi au pied du mont Kosmaj. Son histoire est touchante. Stepa a passé sa vie cloué au lit. Il dit que son inspiration, c'est "attendre" (une jeune fille). Son thème: "les choses dont on rêve dans la vie". Aussi, lorsqu'il peint une scène de mariage (9/10), il avoue: "C'est à la fois un mariage que j'ai vu et auquel j'ai assisté. Et d'autre part aussi quelque chose que j'ai imaginé. Ce qu'on n'a pas vécu soi-même, on peut toujours le fixer sur la toile pour voir à quoi cela ressemble". Et il conclut: "Il faut essayer de vivre en homme".

    Wilbert Laurent est originaire de Lafond, un coin de campagne près de Jacmel où les paysans sont devenus peintres, donnant naissance à une école, comme à Hlebine. Sur la signature de son tableau (10/10), l'indication du lieu du mariage: "Jacmel". Ici les invités arrivent à cheval des collines luxuriantes. Tous les convives du premier plan, mariés inclus, ne regardent pas l'objectif du photographe accroupi tout à gauche, mais l'oeil du peintre. Etonnant, non?

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    11/12 - Eugen Buktenica: "Les insulaires", huile sur lesonite 1967

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

     

    12/12 - P. Sylvince: acrylique sur toile 1998 (39 x 54 cm)

    Ici, le jumelage des deux tableaux ne tient qu'à la présence conjointe des chevaux marchant au pas. En haut (11/12), on embarque pour l'île de Solta sur l'Adriatique, au village de Grohote où Eugen Buktenica (né en 1914) a passé sa vie. Il est décrit comme "fermier, pêcheur et individualiste". "Déporté durant la guerre, il a survécu après avoir contracté le typhus" (incroyable la litanie des malheurs vécus par les peintres paysans nés durant le premier quart du XXème siècle...). En 1946, des touristes polonais arrivèrent sur l'île et incitèrent les insulaires à peindre. Ainsi, Eugen le rustre, le "célibataire privé de femme" "empoigna une brosse en poils de chèvre et prépara son matériel, de la chaux mélangée à la colle" (c'est ça la lésonite?). Il a 61 ans quand il peint ces insulaires en binôme sur des ânes.

    Quant à P. Sylvince, pauvres de nous, nous ne savons rien de lui. Sur sa toile (12/12), la cohorte des convives du mariage serpente à cheval depuis l'église sur la colline (le prêtre est encore resté sur le parvis). Tout le monde paraît sage et recueilli, la mariée tout en blanc. Le marié, lui, a tout l'air d'un personnage échappé d'un tableau de Diego Rivera. Le sigle JHS, que l'on retrouve inscrit deux fois, c'est l'abréviation imparfaite de Jésus (là-bas dans le ciel).

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

     13/14 - Ilija Bosilj - "Procession" huile sur lesonite 196428. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    14/14 - Alexandre Grégoire, huile sur toile 1997 (41 x 31 cm)

    On va donner le nom de "Procession" à ce jumelage assez improbable. En haut (13/14), le vieux cultivateur Ilija Bosilj-Basicevic de Sid en Voïvodine: il est né en 1895 et n'a commencé à peindre qu'à... 63 ans, même pas 10 ans avant son trépas. Qui a dit "a-t-il bien fait de prendre le pinceau?". En effet, on voit que "sans expérience artistique ni préparation, il s'est mis tout à coup à dessiner des peintures très spéciales qui sortent de l'art courant naïf". Son fils dit: "Il applique directement la peinture du tube et n'emploie pas de palette. Il ne mélange pas les coloris sauf dans de rares cas". Les personnages de la procession évoqueraient-ils James Ensor dans "les masques singuliers" par exemple, ou j'écris là une grosse bêtise?(réponse 2).

    En dessous (14/14), voici une petite huile d'Alexandre Grégoire, né à Jacmel en 1922 (ce blog ne donne presque jamais d'indication sur la mort des peintres naïfs, réputés immortels), il joua du saxophone dans l'armée et ce n'est qu'en 1968 qu'il finit pas rejoindre le centre d'art de Port-au-Prince. Sa "procession" autour des mariés au sortir de l'église est bien sage et la composition quasiment symétrique. La mariée tient une ombrelle plutôt qu'un poisson, le marié est un pas derrière elle. Prudent. Il a bien raison, à présent que le voici marié.

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    15/16 - Ilija Bosilj: "Orme" Huile sur lésonite 1967

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    16/16 - Jean Tikôk, huile sur toile de 1998 (40 x 30 cm)

    Qui l'eût dit, qui l'eût cru?"Ilija Bosilj, le sexagénaire de Sid, venu du XIXème siècle, nous revient pour une autre huile sur "lésonite" (qu'est-ce donc, un panneau de bois?), avec des êtres et animaux fantasmabuleux: au choix un coq bicéphale, un hippocampe terrestre, un serpent-coq (15/16).

    En face, le méconnu (chez nous) Jean Tikôk, inspiré par l'Afrique, célèbre l'union de M et Mme Girafe (et son voile éthéré) sous les vivats de léopards embarqués (16/16). Sont-ce des lions tapis dans la savane? Le maître de séance est le hibou lettré et chapeauté, monté sur l'estrade avec le code civil. Jean Tikôk un peu original et farfelu, mais bien moins à l'ouest qu'Ilija qui a placé la barre très haut.

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    17/18 - Janko Brasic: "Mariage" 1961 Huile sur toile

    28. Mariage avec les naïfs Haïtiens

    18/18 - Jean Baptiste Jean "Mariage gaté" huile sur toile 1995 

    Finissons en beauté ce jeu des jumelages entre deux contrées si éloignées l'une de l'autre, mais si proches par leur rapport à la nature, leur retranscription des petits gestes du quotidien, par leur désir de représenter leur monde idéalisé, respectueux du passé. En haut (17/18), mariage serbe par Janko Brasic d'Oparic, souvent habitué à peindre des scènes de bataille contre les Turcs, où les Serbes gagnent à chaque fois. La mariée est vêtue très années 1960, avec une jupe assez courte et élégante. Son mari est un peu plus petit. Les musiciens commencent à chauffer l'ambiance.

    Même scène virant à la liesse chez Jean Baptiste Jean en Haïti. Né en 1953 au Cap Haïtien, il rejoint le centre d'art de Port-au-Prince en 1971. Enfin un tableau où les Haïtiens, réputés danseurs et rieurs, commencent à se lâcher. On tape des mains, on tombe par terre, même la femme enceinte (aucun rapport avec le marié, si?) et ses trois rejetons vient se plonger dans la joie collective qui grandit. Au second plan sous l'arbre, la personne en bleu joue-t-elle de la musique ou vend-t-elle du poisson? (réponse 1?).

    "Cé anvi baille ki baille"

    ("C'est l'envie de donner qui donne", soit on donne aux autres car on a envie de donner et d'être généreux. Proverbe haïtien)

    A bientôt, Cébizar Lémek

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  • 27. Les animaux fantastiques

     

    Le paon d'Ivan Generalic (détail du tableau "les bûcherons" de 1959)

    "L'homme a donné un nom à tous les animaux, au commencement, il y a  longtemps" (Bob Dylan). 

    Prenons un enfant de la ville. Il n'a jamais connu d'animaux domestiques, sauf le chat, le chien, les perruches, le poisson rouge et le hamster. Moi, j'ai connu les cours de ferme dans la campagne du Léon en Bretagne, j'ai même vu les caillettes suspendues dans le hangar, et le pauvre chien-loup mort avec une fourche plantée dans les reins parce qu"il "ne servait plus à rien puisqu"'il n'aboyait plus". J'ai vu aussi la troupe des canards qui rentrait de la mare vers l'abri, c'était au Mingant à Lanarvily. Les canards étaient exubérants, ils savaient qu'à la campagne, ils étaient chez eux. Idem pour le coq, les poules, le chien dans la basse-cour? Ce monde paraissait immuable. Bon, il y a les vrais gens de la campagne qui vont trouver cet article un peu ridicule...

    Chez lez fermiers-peintres de la Podravina ou d'ailleurs en Yougoslavie, les animaux sont partout et font partie du paysage de leur vie. C'est triste de voir à quel point l'homme moderne a perdu le lien avec la nature. Savons-nous reconnaître l'oiseau dans le jardin, pourquoi sursautons-nous lorsque nous voyons une souris? Nous aimons avoir un chat qui nous rapporte des oiseaux morts, des crapauds. Le chat n'est-il pas comme le chantait Neil Young, "Cortez the killer"?. Bon, retournons dans la campagne yougoslave (entre nous, les chats, si on leur mettait des clochettes, ça éviterait le massacre de toute la petite faune des jardins).

    Alors, en haut , c'est un paon d'Ivan Generalic, alors qu'il avoue lui même qu'il n'y a pas de paon sauvage dans la vallée de la Podravina. Mais il ouvre la porte: tous ces animaux-là, on ne les voit pas, mais on les dessine quand-même.

     

     27. Les animaux fantastiques

     

    Le café des trois chapeaux (détail) par Djordje DOBRIC en 1977 (huile sur toile)

    Djordje  DOBRIC, il passe ses jeunes années à Velin, village proche de la frontière serbo-bosniaque. Il a connu toutes les misères de la guerre (et sa famille aussi), et perdu le bras droit après avoir rejoint les partisans contre les Allemands. A près des années de galère (le mot est faible), on le retrouve à Belgrade (Serbie) où il trouve une place de portier dans une banque de la rue Skadarlija, une des plus anciennes de la ville. Il va en peindre les passants... et les pigeons, ce qui en fera sa marque de fabrique quand il aura réappris à écrire de la main gauche. Vous avez remarqué le paquet de "Kent" par terre?

    27. Les animaux fantastiques

     

    L'étalon noir de Petar GRGEC (détail) en 1970 (huile sur verre)

    Ah, Petar, ce n'est point une surprise, on en a parlé plus tôt même lorsque nous avons visité le musée de Laval. C'est un vrai de vrai de la Podravina. Que dit-il?: "Vous avez remarqué que je ne suis pas un peintre réaliste, peu m'importe le cheval et le décor des lieux. Suivant le fond du tableau, mes chevaux sont tantôt rouges, tantôt noirs. J'ai toujours aimé les chevaux. Je les suivais dans les champs, je les regardais paître, folâtrer, tirer les charrues. J'ai toujours espéré posséder un cheval mais  mon père était trop pauvre. Je ne sais pas les monter. A mes yeux, ils évoquent la beauté, la force et l'élégance. C'est pourquoi il y en a beaucoup dans mes tableaux".

    27. Les animaux fantastiques

     

    Le musicien de Matija SKURJENI (détail), huile sur toile de 1971

    Voici le peintre de rêves, né en 1898 à Veternica, c'est un vieux, non ? Il va s'installer près de Zagreb. Il a travaillé aux chemins de fer, ce n'est donc pas un fermier-peintre. Non, il essaie de fixer ses rêves sur ses toiles,, les trains de passage l'incitant à peindre des endroits mystérieux. Ici, c'est l'animal violioniste qui intrigue. Bon, c'est un taureau (la version complète du tableau, très explicite, laisse peu de doutes). Il a la classe, non?

     

    27. Les animaux fantastiques

     

    "Imbro de Hlebine" (détail) par Josip GENERALIC (huile sur verre de 1975)

    Oups, ici les vedettes du blog reprennent la main. Que vient faire cette vache à brouter sur la planète de Josip? Demandez-lui, il n'a pas fini d'habiter cette rubrique animalière.

    27. Les animaux fantastiques

     

    "Corvée de domestiques" (détail) par Mijo KOVACIC (huile sur verre 1973)

     Ah, que dire lorsqu'on scrute un détail du monde des marais que dépeint Kovacic? On regarde, c'est tout. Et on scrute!

    27. Les animaux fantastiques

     

    "L'inondation" (détail) par Mijo KOVACIC; huile sur verre, 1972

     

    Suite! C'est l'inondation, elle mérite un commentaire de texte en classe. Nous n'en ferons rien. La scène est extraordinaire.

    27. Les animaux fantastiques

     

    "Licornes paissant", par Ivan GENERALIC (détail), huile sur verre de 1974

    On rejoint les licornes. Ivan Generalic, en fin de carrière, nous les présente comme des animaux communs. Elles paissent comme les chèvres broutent.

    27. Les animaux fantastiques

     

    "L'union des cerfs" par Ivan GENERALIC (détail), huile sur verre de 1959

    Ah, "l"union des cerfs", c'est plus ancien. 1959. La forêt en arrière-plan a des reflets magiques.

    27. Les animaux fantastiques

     

    "Nuit dans les montagnes" de Milisav JOVANOVIC (détail), huile sur toile de 1967

    Belle surprise, non? Milisav Jovanovic est un Serbe, né en 1935 à Oparic. Adulte, il est parti vivre à Belgrade mais les scènes de vie de son enfance l'ont poursuivi. Il peint sur toile, et parfois à la brosse. Il dit" il est difficile pour un peintre naïf d'être naïf. Et, s'il l'est, il constitue un cas exceptionnel. Pour moi, un peintre naïf est naïf comme créateur et non comme peintre ou bien il est quelqu'un qui ne vend ni même n'expose". Ce n'est pas ici la chèvre de Monsieur Seguin, plutôt une brebis. Et, au premier plan, le serpent des montagnes.

    27. Les animaux fantastiques

     

    "Autoportrait" 'détail) de Franjo KLOPOTAN en 1972 (huile sur verre)

     Scotchés, non? Franjo est né en 1938 dans un village, Presecnje près de Varazdin en Croatie. Il se souvient qu'en 1952, parfois on ne trouvait pas de pain. Infirmier en 1962, il soigne aussi des oiseaux. Dans son autoportrait, il dit: "je montre la vie comme elle est. A gauche, j'ai représenté une atmosphère paisible, tandis qu'à droite, c'est le côté sombre". Les deux oiseaux maléfiques s'envolent dans le côté sombre. Extraordinaires.

     

    S27. Les animaux fantastiques

     

    "L'évêque rouge" de Josip GENERALIC (détail), huile sur verre de 1973

    On vous avait dit que Josip reprenait la main dans cet article sur les animaux fantastiques. Ici, "l'évêque rouge", cet être emplumé comme un paon à la queue trop courte dit-on. Pourquoi un évêque? Nous ne connaissons pas le passé croate et les pensées anticléricales (ou pas) de l'époque, les gens de la Podravina étant sacrément pieux.

     27. Les animaux fantastiques

     

    "Lumière polaire" de Mijo Kovacic (détail), huile sur verre de 1970

    No comment, Kovacic dans les marais, superbement glauque. Quelle est cette race de chiens? Des Korthals?

    27. Les animaux fantastiques

     

    "Sophia Loren" par Ivan GENERALIC, huile sur verre de 1973 (détail)

    27. Les animaux fantastiques

     

    "Les Beatles à Hlebine" par Josip GENERALIC (détail): huile sur verre, 1975

    Sur ce tableau, il y a un petit cochon vert à gauche. On l'a manqué; il est parti en faisant"grouic, grouic!"

    "Man gave name to all the animals,

    in the beginning, long time ago".

    Bob Dylan

    cebizarlemek.eklablog.com

     

     

     

     


    votre commentaire
  • 26. Winter is coming

     

    "La vache dans la cour de ferme" par Ivan Vecenaj (1975, huile sur verre, 40 cm sur 40 cm) 

    L'hiver est tombé sur la Podravina. Mais ce n'est pas l'hiver des tempêtes de neige, des vents glaciaux qui sifflent dans la forêt. Non, chez les peintres yougoslaves, la représentation de l'hiver est paisible. Quand le peintre prend son pinceau, la neige est déjà tombée. La fumée s'échappe des cheminées, les fenêtres des chaumières sont éclairées, les maisons des villages sont resserrées comme si elles se réchauffaient les unes les autres. A vrai dire, on aurait envie d'y être, dans ces hameaux de Lackovic par exemple isolés dans l'hiver blanc. Ivan Vecenaj (né en 1920 à Gola, voir le chapitre 8), illuminé notoire (par les épisodes bibliques), nous offre ci-dessus "le tableau typique de la vie rurale". On parle de tranquillité éternelle, même si les couleurs du ciel, tendant fortement sur le vert sombre à droite, interpellent quelque part, comme le manteau rouge de la vache et les arbustes orange ou pourpre. C'est bien signé Vecenaj, qui nous a mis un petit chat dans le grenier, et un seau suspendu qui resservira au printemps.

     

    26. Winter is coming

     

    "Retour du marché", par Ivan Vecenaj en 1962 (huile sur verre, 50 cm x 63 cm)

    Vecenaj est un fermier. Un véritable autodidacte. Il dit que ses premiers tableaux étaient grossiers et frustres (vers 1955). Il ne veut pas être associé au mouvement des peintres de Hlebine. Il dit qu'il n'y a rien de forcé dans ses peintures, qu'elles sont modestes, simples, purement paysannes, purement humaines: "on n'y voit ni la mer, ni des lacs, ni des parcs, mais simplement notre mode de vie à tous". Comme dans ce tableau de retour du marché. Nulle inquiétude chez le paysan ou son boeuf. Ils marchent tranquillement dans la neige, tandis que la nuit tombe doucement. La nature est amicale et les arbres semblent se pencher pour les saluer.

    26. Winter is coming

     

    Ivan Vecenaj: "Nativité" (1970)

    Clin d'oeil biblique, inévitable quand on évoque Ivan Vecenaj. Ici le cadre est assez misérable, avec les arbres morts, et le ciel rouge et vert en toile de fond. Mais la campagne est paisible, non? Quatre colombes voltigent autour de la mère et l'enfant. Bon, la mère paraît presque  une grand-mère et on a peine à voir un nouveau-né chez cet enfant aux yeux fatigués. Le boeuf a des cornes superbes et le Christ a laissé sa couronne d'épines sur la croix. Le feu est presque éteint. Le détail le plus remarquable du tableau est le sommet de la tente de fortune, qui évoque le Kilimandjaro ou le Fuji-Yama.

    26. Winter is coming

     

    Josip Generalic : "Goran à Hlébine" (1973, huile sur verre 56 x 80 cm)

    Josip, c'est le fils d'Ivan. Ses parents rêvaient qu'il soit instituteur, il n'en fut rien. Il a 37 ans quand il peint Goran dans son berceau, tranquille avec sa "suce" et son chat-zèbre (remarquez les initiales "G G" sur la poussette). Josip admet qu'il a eu une enfance insouciante et heureuse, bien loin des années difficiles que traversèrent ses parents. Goran est donc le fils de Josip. Il dit d'ailleurs: "j'ai un jeune enfant et il est bon lui d'être en plein air, à l'extérieur, là où l'atmosphère est plus paisible". Dont acte. Les animaux de la ferme paraissent protéger l'enfant. Il est des leurs, c'est sûr.

     

    26. Winter is coming

     

    Dragan Gazi: "Les chevaux s'amusent" (huile sur verre, 60 x 60 cm) 1975

    Histoire de voisinage: Dragan est le voisin d'Ivan Generalic dans le village de Hlebine. Fermier lui aussi (né en 1930), il a finit par prendre le pinceau. What else? S'il a commencé à peindre dès 16 ans, il est resté fermier. Sur les photos des années 70, il porte des lunettes. Il a peint beaucoup d'aquarelles, mais ici c'est une huile sur verre, avec ces chevaux libres et fiers dans la plaine enneigée. Superbe.

    26. Winter is coming

     

    "Saigner le porc" par Franjo Filipovic (huile sur verre, 50 x 70 cm - 1972)

    Restons dans la Podravina, avec le voisin de Dragan et Ivan (né comme Dragan en 1930 à Hlébine, le monde est tout petit). Il aime peindre l'existence pénible des paysans. Saigner le porc est un classique de l'art naïf yougoslave, maintes fois représenté. Cet acte qui paraît brutal aux yeux des citadins, est le sacrifice de l'animal qui va nourrir la famille tout l'hiver, et précède la fête paysanne. Toutes les pièces classiques de l'art naïf yougoslaves sont à leur place: les arbres morts, les chaumières cossues et leur casquette de neige, l'église et le ciel aux couleurs vives (ici du rose à l'horizon). Il pense que les autres peintres ne font que copier ses oeuvres, et celles de ses voisins Ivan et Dragan. Ok boomer.

    26. Winter is coming

     

    Ivan LACKOVIC : "les mâtines" (huile sur verre 30 x 35 cm) 1968

    Ah, sur le thème de l'hiver, Ivan Lackovic est incontournable. Tant de ses tableaux se sont d'ailleurs simplement appelés "hiver", avec un soleil pâle au-dessus d'un village aux toits blancs et le panache de fumée qui s'échappe des cheminées. Ici, c'est un tout petit tableau. Les femmes s'en vont à la messe, au petit matin. Les deux arbres ordonnent l'équilibre du tableau. Chut! Tout est si calme.

    26. Winter is coming

     

    Joze PETERNELJ: "les bûcherons" (huile sur verre, 50 x 70 cm) 1974

    Partons en Slovénie, soit plus près de la frontière italienne. Joze-Mausar Peternelj 1927 à Jarcja Dolina près de Ziri. Il a travaillé comme cordonnier dans une fabrique de chaussures (et non une scierie). Il sent qu'il peint un monde qui disparaît. Quand il peint, il est conscient qu'il néglige sa famille. "Mes oeuvres rappellent les choses charmantes qui existaient autrefois dans la vie villageoise". Les personnages sont patauds, tels des hobbits, proches de ceux de Mijo Kovacic.

    26. Winter is coming

     

    Mijo KOVACIC: "Hiver" (huile sur verre) 1968

    No comment!

     

     

    26. Winter is coming

     

    Mihal POVOLNI; "l'abattage du porc" (huile sur toile) 1971

    Terminons notre périple hivernal par un détour en Serbie, peu visitée dans ce blog. Ici on peint plus sur toile que sur verre. Le thème est le même que celui choisi par Franjo FILIPOVIC. Mihal est né en 1935 dans le village de Padina près de Belgrade. C'est un fermier d'origine slovaque, qui peint l'hiver lorsqu'il en a plus le temps. Il décrit le tableau: "c'est une sorte de réjouissance pour tout le village. Les voisins viennent aider à abattre l'animal, à le nettoyer, et puis tout le monde prend part au repas. Pendant qu'on nettoie le porc, les gens n'ont qu'une idée en tête: la viande".

    Ah,  nos peintres fermiers ne sont pas tous des poètes...

    Winter is coming...

    "Beaucoup de gens disent: ah, l'hiver est la saison où toutes choses s'apaisent, où toutes choses meurent. Ce n'est pas ainsi; l'hiver est certainement la saison où l'homme s'apaise, où les sentiers sont calmes, où l'on médite sur toutes choses, non pas d'un esprit pessimiste, mais humainement. Même les journées sombres ne sont pas toutes aussi sombres. Aux jours les plus sombres, vous découvrez toujours un rayon de bonheur, d'espérance, de lumière. Voilà pourquoi j'ai peint l'hiver comme je l'ai fait". Ivan Lackovic, peintre mélancolique et un peu poète aussi.

    Cebizar Lemek, décembre 2019


    4 commentaires
  • 25. Escapade au musée de Laval

     

    Pero GRGEC: "les centaures" (carte postale achetée au musée)

    Est-ce Petar Grgec, le natif du village de Klostar-Podravski (1933)? Car Petar, peintre sur verre (technicien en construction par ailleurs), a grandi dans l'amour des chevaux. Il dessine les mêmes souches d'arbres que dans le tableau "les cabanes". Alors, Pero est Petar, sauf erreur! Les centaures se chamaillent, et les êtres humains n'ont plus qu'à se raccrocher aux branches...

    Depuis le temps qu'il en parlait! Enfin Cébizar s'est rendu avec Nouba au Musée des Arts naïfs et des arts singuliers, niché dans le vieux château de Laval. L'entrée la plus chouette, c'est par un petit portillon près des quais: on monte jusqu'à la cour intérieure par un beau jardin discret. C'est en 1967 que fut ouvert ce musée des arts naïfs (entrée gratuite, si, si), et il recèle quelques oeuvres de nos chers "yougoslaves", réunis dans une petite pièce ronde, sans fenêtre, par laquelle on accède en passant sous une voûte de pierre. Un peu comme les fonds baptismaux dans une église.

     

    25. Escapade au musée de Laval

     

    Ivan LACKOVIC: "la cueillette"

    Oh! Ivan Lackovic! Tout de suite reconnu, au milieu des bois passent les hirondelles, dont le vol épouse la trajectoire de la branche d'arbre cassée. A côté, un tableau d'Antun Bahunek ("bouquet d'arbres", photo juste récupérée). Antun est un peintre de la première génération, né en 1926 à Varazdinske-Toplice (Croatie). Son style est reconnaissable entre tous, avec ces arbres en forme de cercle. A dire vrai, il ne m'emballe pas autant que d'autres. Et pourtant, il a fait un feu d'artifice de son  style, de ces arbres dans le paysage. Apaisant à coup sûr. Manquent les légendes de la Podravina: les êtres des marais, les paysans avec leur fourche en bois, les vaches pataudes, les hirondelles rapides, les tziganes en haillons, formidables, leurs étranges coutumes, les coqs fiers, les fêtes d'après récolte qui tranchent avec le sérieux de la vie de tous les jours sous le crucifix

    25. Escapade au musée de Laval

     

    Antun BAHUNEK: "Bouquet d'arbres" (photo de Mélotte Mc Dermott)

    Antun dit: "j'emprunte mes sujets à mon enfance. Je me rappelle comment nous conduisions le bétail au pâturage et quand nous traversions les bois. Je remarquais qu'au printemps tout était vert et qu'en automne il y avait du jaune, de l'orange, toutes sortes de couleurs. Le printemps est une saison magnifique lorsque les feuilles nouvelles éclosent et que le soleil brille. Le matin, quand la rosée les humecte et que souffle une légère brise, les feuilles semblent s'agiter comme des formes rondes".

    25. Escapade au musée de Laval

     

    Ivan GENERALIC: "Mort en bière" 1970

    Un pincement au coeur en découvrant ce mort en bière du Boss de la Podravina, avec les mêmes grands pieds que représente Mijo Kovacic. Une peinture de son fils Josip, vous savez, celui que le flower power de 1967 avait touché au coeur (voir l'article sur Josip et ses influences hippies), surprend deux baigneuses au bord de la rivière, où tout est calme et volupté. Remarquez qu'elles ont des serviettes de bain, on n'est plus dans l'après-guerre, fichtre!

    25. Escapade au musée de Laval

     

    Josip GENERALIC: "Les baigneuses" 1967

    A côté de Josip, un petit tableau de Franjo Mraz, le partisan rescapé de la guerre, l'un des fondateurs de l'école dite de Hlebine (photo non disponible, mince), un petit rectangle d'émotion. Il y aussi le coq de Petar Ristic, déjà évoqué dans ce blog, dont on avait envie d'entendre le "Cocorico!". Cette fois c'est fait. Un jour nous partirons enfin vers la Croatie découvrir les grands musées, notamment à Zagreb.

    25. Escapade au musée de Laval

     

    Petar Ristic: "Le coq" (photo de Mélotte Mc Dermott). A rapprocher du "Coq blessé", chapitre 18 de ce blog...

     

    25. Escapade au musée de Laval

    Ivana LOVKOVIC-MATUNU: "Coquelicots"

    Et pour terminer, belle surprise, trois très petits tableaux sur verre d'Ivana Lovkovic (née en 1951, 3ème génération de l'école de Hlebine nous dit le musée), des merveilles de délicatesse, malheureusement un peu difficiles à apprécier lorsqu'on a passé 50 ans et qu'on a oublié ses lunettes. Ivana Lovkovic, les livres dédiés aux naïfs yougoslaves dans les années 1970 ne disent rien d'elle. Quel fâcheux oubli. Ce blog va se renseigner. A bientôt!

    n.b: pour la 1ère fois, lors de la visite du musée du vieux château, le blog a reproduit quelques tableaux vus et dont les photos prises n'étaient pas convaincantes. C'est une exception: tous les textes, toutes les illustrations de ce blog proviennent d'une collection des années 1975-1985. D'ailleurs, ce blog s'était arrêté à cette époque, jusqu'à cette escapade à Laval qui a fait regretter la grande exposition d'art naïf qui se tenait annuellement à Verneuil sur Avre autour des années 2010. Terminons par ce commentaire laissé récemment sur ce blog: "l'art naïf, c'est le charme, la séduction, les couleurs de la vie, scènes de tous les jours, vu simplement avec le regard de l'enfance. C'est fabuleux". Pas mieux!

    cebizarlemek.eklablog.com


    votre commentaire
  •  

    24. Lackovic plébiscité!

     

    "Les Lavandières",  huile sur verre de 1969

    Cébizar est content: à ce jour, près de 3000 visites sur la page de l'Art naïf yougoslave, d'abord à partir de sa petite collection de cartes postales de la fin des années '70, période où l'on trouvait aussi des posters. Et, parmi ces visiteurs, certains se sont attardés sur l'article (le 5) consacré à Ivan Lackovic "Croata", le natif de Batinska (Podravina) qui devint facteur à Zagreb. Facteur comme Ferdinand Cheval. Car Ivan touche les âmes, il nous émeut avec ses "évocations lyriques de l'enfance" (cette expression est de Vladimir Malekovic qui lui a dédié un joli livre en 1973, en français et en croate), par ses paysages hivernaux où les oiseaux tournoient autour des arbres nus devant un soleil pâle, il nous montre un hiver qui rassure l'enfant, et l'adulte aussi qui retrouve là ses yeux d'enfant (là c'est une expression de Cébizar, moins limpide que Vladimir, on en convient). Alors, on s'est dit, si les internautes plébiscitent Ivan Lackovic, alors tirons-lui ce jour un petit feu d'artifice de quelques unes de ses peintures, toutes sur verre sauf erreur. Car Ivan est un orfèvre de la peinture sur verre. 

    On commence ci-dessus par "les lavandières", thème cher à nos naïfs, mais rarement représentées entre chien et loup, en plein hiver de surcroît. Est-on à l'aube, ou en fin de journée (il peut être 16 heures et déjà la nuit tombe). Elles se retrouvent autour de l'étang gelé, elles doivent faire un trou pour y plonger le linge. Brr, on en frissonne! L'une d'elles a terminé et retourne au village dont les toits enneigés brillent un peu, surtout le clocher de l'église telle la Tour Eiffel. Quelques oiseaux noirs tournoient...

     

     24. Lackovic plébiscité!

     

    "Hiver", 1972 (huile sur verre)

    Pour Ivan, "l'hiver n'est pas pessimiste ni rude mais tendre et idyllique. Vision de pureté dans un monde propre avec des couleurs tendres, des nuits étoilées, des maisons confortables où la lampe brille derrière les carreaux". C'est Nebojsa Tomasevic, le krack de l'art naïf yougoslave qui l'écrit dans son livre référence de 1978 que Cébizar a trouvé dans le passage Choiseul à Paris. Les oiseaux semblent danser, le soleil est protecteur. Ivan nous séduit: il est à son meilleur.

    24. Lackovic plébiscité!

     

    "Justitia", 1971

    Avec "Justitia", on ouvre les années '70. Ce tableau fait la couverture du livre de Vladimir Malekovic, admirateur d'Ivan Lackovic, un peu énervé que l'on compare Ivan à un sous-Brueghel. Nous ici on s'en fiche, on n'a pas la prétention de tout interpréter ou comparer, on n'a tout simplement pas les arguments. On n'en dira donc pas plus sur le message spirituel de Justitia.

     

    24. Lackovic plébiscité!

     

    "Les toits blancs de mon pays", 1968

    Tiens, ci-dessus c'est un peu du Brueghel, c'est vrai. Alors on va citer Malekovic qui n'y va pas de main morte: "A plusieurs reprises les critiques ont comparé notre peintre de Batinska après 1966 à Breughel, en confondant l'ironique et robuste ingéniosité du dernier avec la pénétration lyrique du monde des souvenirs mythiques du premier (Ivan, donc), qui plonge sur lui un regard plein d'admiration et de respect. La manière métaphorique, robuste, sentencieuse du flamand (Brueghel donc) peut à peine être mise en regard avec la minutieuse et subtile peinture de la nature par lequel le Croate tente de redécouvrir le sens magique et religieux de l'enfance du monde". Rien que ça. En résumé, Ivan 1 - Brueghel 0. Chauvin tu l'es un peu, Malekovic, et la peinture n'est pas du foot!

     

    24. Lackovic plébiscité!

     "Cheval bicéphale", 1963

    Quittons un instant les villages perdus dans les bois, remontons jusqu'en 1963 à une époque où Ivan Lackovic, facteur depuis 5 ans, franchit un palier et peint ce tableau dans lequel "il exprime la dimension réelle des événements et de l'espace: passages graduels, valeurs, diagonales, modelage par le ton, perspective. Ici, la maîtrise de l'artiste est sa son comble...". Qui dit-ça? Encore Vladimir Malekovic, bien sûr. Nous, on voit surtout qu'il a repris un des thèmes de ces peintres de la campagne qui aiment représenter les mythes et légendes, les histoires que l'on contait le soir devant l'âtre: la licorne (Ivan Generalic), la déesse des marais (Petranovic).

     

    ,24. Lackovic plébiscité!

     

    "Stari postar": "le vieux facteur" (1971)

    Parenthèse à l'encre de chine sans doute, clin d'oeil à son métier...

     

    24. Lackovic plébiscité!

    "L'automne" ("Jesen"), 1972

    Le feu d'artifice touche à sa fin, en hommage à Ivan. Avec l'automne s'en vont les hirondelles (les hirondelles ne supportent pas l'humidité: leurs pattes sont fines et ne supportent pas un trop long contact avec l'eau). Le village est rassurant, les solides maisons résisteront bien aux frimas de l'hiver.

     

    24. Lackovic plébiscité!

     

    "Silence" ("Tisina"), 1972

    "Silence" paraît suivre "Automne". Les hirondelles sont encore plus nombreuses à partir. La nature s'engourdit. Ne me dîtes pas que l'on sent poindre la vieillesse!

    24. Lackovic plébiscité!

     

    Ivan et son épouse ("suprugom" en croate) à Batinska, 1954

    Nous sommes avares en photographies dans ce blog. Chez nous le temps s'est arrêté à la fin des années '70. On ne veut même pas savoir ce qui est arrivé ensuite à Ivan ou à tous les autres peintres paysans. Ni connaître leur destinée triomphale ou plus modeste. L'un d'eux a vendu un de ses tableaux à Kirk Douglas quand même (ou Anthony Quinn?)!

    On arrête de sourire. Soudain, il y a cette photo d'Ivan et de sa femme, qui marchent endimanchés dans la rue de son village natal de la Podravina. Ils ont le sourire de la jeunesse de l'après-guerre et paraissent esquisser un pas de danse. Il y a cette maison au second-plan. On touche là un monde enfui dans le temps, celui qu'il s'est attaché à nous dépeindre, à sa façon.

    Cébizar Lémek

    cebizarlemek.eklablog.com


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires