• 23. A bâtons rompus!

    23. A bâtons rompus!

     

    Branko BAHUNEK: "Pont sanglant", huile sur toile de 1972

    Pour fêter la 2000ème visite sur ce blog, ouvrons un nouveau chapitre, cette fois un peu décousu, où nous passerons allégrement "du coq à l'âne". Mais pour garder quelque cohérence, commençons avec Branko, avec lequel nous avions clos le chapitre précédent. Vous vous souvenez, le (la) marchand(e) de fleurs? On retrouve ici presque la même rue en montée, le lampadaire accroché à la maison de droite. On est dans la ville haute de Zagreb, son vieux quartier. Branko cherche à montrer l'aspect social de la ville, les ouvriers, les artisans. Son regret: que les musiciens de rue aient disparu. Au sujet de ce tableau, Branko dit: "Le pont sanglant? C'est le nom d'une vieille rue de Zagreb qui a quelque importance historique. En réalité, c'est une ruelle, elle porte la patine des choses anciennes. J'ai vraiment vécu en ville. Nous demeurions en banlieue et allions rarement en ville, mais quand nous y allions, c'était comme aller au spectacle. J'aimais cela. Je me plaisais surtout dans la ville haute, la partie la plus ancienne. Et maintenant que je suis adulte, je prends plaisir à contempler cette architecture et à regarder le peuple de la ville haute. Ces gens m'attirent fortement."

    On ne sait pourquoi, ces tableaux de vieilles ruelles font penser aux nouvelles fantastiques du belge Jean Ray...

    23. A bâtons rompus!

     

    Mihajlo MARJANCEVIC: "Bergers", huile sur toile de 1972

    Un petit tour en Vojvodina pour rendre visite au Serbe Mihajlo dans son village de Stari Banovci, non loin de Belgrade. Il y est bibliothécaire. Un de ses tableaux connus s'appelle "Sorcellerie" et rappelle les sorciers de la campagne qui pratiquaient "l'extinction des charbons dans un verre". Comme beaucoup de naïfs nés dans l'entre deux-guerre (lui en 1932), Mihajlo aime raconter un monde disparu, celui des mariages où le cortège nuptial paradait en charrette, celui des fêtes de campagne comme ci-dessus avec l'accordéoniste qui apporte la bonne humeur. Dans ce tableau "Bergers", la représentation du paysage fait penser aux peintures de l'art naïf haïtien, avec les collines rondes au second-plan, sur lesquelles s'accrochent les maisons, et les arbres au sommet dont le feuillage se dessine devant le ciel.

     

    23. A bâtons rompus!

     

    Polde MIHELIC: "A la veille de l'hiver", huile sur bois de 1971

    C'est à Litije, en Slovénie, au milieu des collines, que l'on retrouve Polde Mihelic (né en 1923). Il aime parler des valeurs manuelles, de la religion aussi (thèmes classiques de la campagne)... C'est la première fois que ce blog le mentionne, mais sa représentation d'une scène de village avant l'hiver, avec les enfants planqués un peu partout qui regardent en douce les paysans "tuer le cochon", la neige sur les toits et les teintes de novembre, a tout à fait sa place, non? Il existe une autre scène d'abattage du porc, par le Slovaque Mihal POVOLNI, toute aussi chouette.

    Polde dit: "L'abattage d'un porc, c'est toute une affaire dans le village. Chacun se met à la besogne pour apporter son aide. On est à la veille de la mauvaise saison, les travaux des champs touchent à leur faim et il faut se préparer à un long et doux hiver."

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    Marioara MOTOROZESKU: "Nouveaux mariés", huile sur toile de 1964

    Quand je vous avais dit qu'on allait passer du coq à l'âne, soit ici de la cérémonie de l'abattage du cochon à celle d'un mariage! Mais ce tableau est particulier: d'abord, il est l'oeuvre d'une femme peintre (si rares chez nos naïfs yougoslaves, mais il nous arrive d'en débusquer quelques unes heureusement, car elles apportent une touche bien à elles, remarquez par exemple le tapis de fleurs aux pieds des mariés): Marioara est d'origine roumaine, comme son prénom le laissait paraître. Elle est née en 1928 et n'a jamais bougé de son village d'Uzdin, région du Banat (près de Belgrade). Elle s'est mariée à 15 ans, c'était la coutume, dit-elle. Mais si ce tableau est particulier, c'est qu'elle s'est représentée, comme l'aurait fait Frida Kahlo. Bon, quand elle a commencé à peindre en 1962, avec son fichu sur la tête, bien paysanne des pays de l'est, les pieds campés sur le sol, sans doute était-elle déjà moins affriolante qu'au jour béni de son mariage (nous avons vu les photos). Marioara dit:

    "Sur un de mes tableaux, les nouveaux mariés posent en se tenant la main, ils s'aiment viennent de sortir de l'église. Ils ont revêtu nos beaux costumes nationaux. Ils portent ce qu'ils ont de plus beau, ils ont l'air charmant et ils sont heureux. Sur ce tableau, la jeune mariée c'est moi et le marié c'est mon mari!"

    23. A bâtons rompus!

     

    Petar GRGEC: "Cabanes" huile sur verre de 1972

    Ah, nous avons retrouvé le tableau dont nous parlions dans un chapitre précédent. Ce tableau de Pétar, avec ces maisons accrochées aux fameux saules dans les marais de la Podravina. 100% typique naïf yougoslave!

    23. A bâtons rompus!

     

    Martin JONAS: "L'homme à la barique", huile sur toile de 1965

    Puisqu'il s'agit de boucler les boucles, après Pétar GREG, retrouvons le Slovaque Martin JONAS, celui dont la maison se trouve en face de l'église de Kovacica. Vous avez remarqué cet animal incroyable qui entre par la fenêtre, chat, chien ou démon? Il rappelle celui qui sautait la barrière à l'extrême gauche de son tableau intitulé "le paysan"! Eh bien, pour que la boucle soit correctement bouclée, voici (ci-dessous) de nouveau ce tableau magnifique, avec cette fois le curieux animal . Martin JONAS, on voudrait voir ses tableaux accrochés dans notre salon!

    23. A bâtons rompus!

     

    A bientôt,

    Cébizar Lémek

    cebizarlemek.eklablog.com


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